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Les chemins égarés (this is a test).

Details

Date: 06/01/2022
Duration: 85 Days
Type: open
Entrants: 100

About the exhibition

Géographie sociale
des lieux de sexualité entre hommes

Des lieux de rencontres sexuelles, il y en a partout, mais pas n’importe où. Autrefois situés au cœur des centres urbains, on les trouve aujourd’hui presque exclusivement aux frontières ou hors des villes, mais leur localisation exacte échappe aux non-initiés. Les Chemins égarés est une réflexion sur ces espaces de liberté où s’exercent des désirs d’expériences entre hommes de tous âges et de tous horizons.

Loin de tout sensationnalisme, Les Chemins égarés adopte une forme de recherche inspirée des sciences sociales et mêle photographies de paysages, portraits en situation, cartographie des territoires ainsi qu’un important recueil de paroles d’usagers. S’y révèle le caractère polysémique des lieux: jardin secret, lieu de silence propre à l’introspection, territoire sauvage d’une relation animale à l’autre et à la nature, lieu d’expérience sensible à l’ère du numérique, reconquête d’un espace collectif enfin, tant réel qu’imaginaire. Amélie Landry a bénéficié du soutien de la Scam, Bouillon d’un rêve.

Des paysages d’Europe Occidentale. Des causses, des étangs, des dunes littorales, des sous-bois, des buis, des graminées. Une nature qui semble avoir repris le dessus sur une civilisation détournée ou réfutée que rappellent un blockhaus, une centrale hydroélectrique, une usine sidérurgique ou un réservoir d’eau. Les paysages photographiés par Amélie Landry s’offrent comme des alentours. Nous ne les pénétrerons donc pas, sauf à halluciner. Irisés par des sources lumineuses nocturnes ou pris dans

un soleil aveugle, ces alentours abritent des corps troublants. Evanescents, nus, la peau li- vide, immuablement isolés, ils arrivent comme des êtres oscillatoires ou des esprits dans ces décors parsemés d’inquiétantes traces d’autre chose, de signes de fiction. Mouchoirs usagés, herbes écrasées, sentiers sauvagement tail- lés, un mot laissé sur un pare-brise…

Ces alentours, ce sont les lieux de drague entre hommes que la photographe a cherchés, appris à lire, à reconnaître, durant plusieurs années.

Dans ses photographies, Amélie Landry ne cherche pas seulement à voir comme « un autre », comme un homme qui désire. Elle fait faire à notre regard un magique mouvement à rebours. Car ses images développent, au fur et à mesure que nous en observons la lumineuse opacité, à la fois le trajet que des hommes ont dû faire pour éprouver ces paysages, venir s’y

consumer dans ce que Georges Bataille appelait la «notion de dépense»1, et celui qu’une femme a dû faire, elle aussi, pour les représenter. L’instant fixé par ses images tient alors lieu de seuil partagé : celui que les hommes, tout comme la photographe, ont atteint. Le seuil qui leur fait enfin face après de longs détours, de longues recherches, une lente approche, l’errance. L’alliance de ce double point de vue, insolite, suspend toute possibilité trop narrative ou toute lecture trop sociologique, par la curiosité qu’elle provoque. C’est une alliance poétique qui rappelle Rimbaud «je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre !» 2car sans trahir son «style documentaire», la photographe, exauçant le vœu du poète, est devenue voyante : dans les forêts ou sur une dune, la précision de ses images nous semble extralucide.

Par quelle opération un espace photographié devient-il, à l’épreuve d’un regard, un décor ? En quoi ce décor suggère-t-il des scènes au point qu’elles deviennent des histoires, des visions ? Pourquoi une grille, le coin d’une salle, une rangée de chaises, se chargent-ils d’énergie sexuelle ? Alors que les paysages extérieurs provoquent des images très intimes, très intériorisées, les photographies d’intérieurs ouvrent à des perspectives inouïes ! Et cet ensemble sauvage, ce mélange heureusement impur, nous devient étrangement familier.

Rochelle Fack

Essais: Show people, sur Hitler, un film d’Allemagne de Hans-Jürgen Syberberg, Yellow Now, 2008 / Stephen Dwoskin, La Grande Mannequin cherche et trouve sa peau, Editions de l’œil, 2015 / Echo de l’hystérie, Editions de l’œil, 2017
Roman: Les Gages, roman, P.O.L, 1998 / Ecartée, roman, P.O.L, 1999 / Today, P.O.L, 2015.

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